LE MAGAZINE DU COUVRE-PLANCHER PLANCHERS • MURS • PLAFONDS • COMPTOIRS VOUS INFORME DEPUIS DÉJÀ AVRIL•MAI•JUIN 2026 VOLUME 42 NO 2 DOSSIER INDUSTRIE ENTREPRISE DES PLANCHERS 2.0 IL EST TEMPS DE DÉCOUVRIR TIME OF SPAIN UN CONGRÈS HAUT EN COULEUR POUR DÉCO SURFACES
VOL. 42 NO 2 4 VOL. 42 NO 2 5 Soury Communications ltée 2105, rue de Salaberry Saint-Bruno-de-Montarville (Québec) J3V 4N7 Téléphone : 450 441-4243 sourycom@gmail.com magazinesurface.ca RÉDACTION René Laprise Ousséma Ben Mahmoud Yves Rivard Marcel Soucy RÉVISION Carole Hébert IMPRESSION Communimedi Ce magazine est imprimé sur un papier certifié FSC® recyclé 30 % postconsommation. TIRAGE 4 000 exemplaires DÉPÔTS LÉGAUX Bibliothèque nationale du Canada ISSN1490-8417 Bibliothèque nationale du Québec Envoi de publication Convention no 40027121 Le magazine Surface est l’organe d’information de l’industrie du couvre-plancher au Québec. Il est publié quatre fois par année à l’intention des architectes, fabricants, distributeurs, designers d’intérieur, détaillants, décorateurs et poseurs. Les opinions exprimées par les collaborateurs n’engagent qu’eux-mêmes et les annonceurs conservent l’entière responsabilité du contenu et de la forme de leur publicité paraissant dans la revue. Toute reproduction d’articles ou d’illustrations doit clairement mentionner la provenance de cette information. MOT DE L’ÉDITEUR La science au service des surfaces. 8 DOSSIER À la recherche de nouveaux matériaux. 10 INFORMATION FQRS Attention à la silice cristalline. 20 CONGRÈS DÉCO SURFACES Tout est question de momentum 22 NOUVEAU PRODUIT Une collection Iconiq pour Tafisa. 26 CHRONIQUE TAIGA Du concept à la réalité. 30 CÉRAMIQUE ESPAGNOLE La résilience passe par l’image. 34 ARCHITECTURE ET DESIGN La résidence du Corail. 40 NOUVEAUTÉS Du vinyle au bois franc. 44 COUVERTURE Le temps est venu de s’exprimer sans crainte au moyen des surfaces en céramique les plus séduisantes. Opulis valorisele détail, la profondeur et l’intensité visuelle, alliant décoration, relief et finitions élaborées. La céramique devient un élément expressif qui apporte caractère, élégance et plaisir esthétique aux espaces, depuis une opulence actuelle et soignée. Allez en p. 34 pour en apprendre davantage sur la céramique espagnole. CHRONIQUE SIKA La vraie couleur du mortier. 48 ÉVÉNEMENTS 2026 Ici et là. 52 SOMMAIRE VOUS INFORME DEPUIS DÉJÀ
VOL. 42 NO 2 6 VOL. 42 NO 2 7
VOL. 42 NO 2 8 VOL. 42 NO 2 9 Du 11 au 15 mai derniers avait lieu le 93e congrès de l’Association canadienne française pour l’avancement des siences (Acfas). Pourquoi faire allusion à un congrès scientifique dans un magazine de couvre-planchers, me direz-vous? Tout simplement parce que la science joue un rôle important dans le développement de nouveaux produits. Il se fait beacoup de recherche dans le domaine des colles, entre autres, pour concevoir des produits de pose plus écologiques. D’ailleurs, dès que l’on pense environnement, il ne faut surtout pas oublier les notions de recyclage et de récupération. Dans son dossier sur les nouveaux produits, Yves Rivard a découvert la compagnie CarbiCrete, qui se spécialise dans l’élimination du carbone dans les matériaux de construction afin de réduire leur empreinte écologique. Cette entreprise a développé une technologie mise au point à l’Université McGill. À l’École de technologie supérieure (ÉTS), un groupe de chercheurs s’amusent à intégrer des coquilles d’œuf dans des matériaux composites afin d’en améliorer la résistance à l’usure. Je vous invite donc à lire ce très intérssant dossier en page 10. Dans son numéro du printemps, le magazine Surface publiait habituellement un compte rendu de l’exposition de céramique Cevisama, qui se tient à Valence, en Espagne. La situation cahotique en Europe, résultat de la guerre en Ukraine et des politiques imprévisible de Donald Trump, fait sorte que l’Association espagnole des fabricants de carreaux et de revêtements de sol en céramique (ASCER) a tout simplement décidé d’annuler cette exposition, qu’elle a remplacée par le projet Time of Spain. Elle a invité une délégation d’architectes, de designers d’intérieur et de journalistes de la presse internationale, dont faisait partie votre magazine, à Castellón de la Plana. En plus de participer à quelques activités culturelles, nous avons visité trois usines de fabrication de céramique et nous avons assisté à la conférence de presse annuelle. Pour en savoir plus sur la situation espagnole, je vous invite à parcourir les pages 34 à 42. Plus près de nous, à Saint-Hyacinthe, s’est tenu, à la fin d’avril, le congrès annuel du réseau de marchands Déco Surfaces. Nous publions dans ce numéro un photoreportage de cet événement en page 22. Lors de notre visite à l’exposition Index Design, dans le cadre de la Semaine Design Montréal, nous avons découvert les nouveaux produits de la compagnie Tafisa, de Planchers Mercier et de Beaulieu Canada. J’aimerais en profiter pour mentionner le succès remporté par cette semaine dédiée au design. Félicitations à toute l’équipe d’Index Design pour cette initiative. Bonne lecture, Éditeur SE SERVIR DE LA SCIENCE POUR DÉVELOPPER DE NOUVEAUX PRODUITS MOT DE L’ÉDITEUR
VOL. 42 NO 2 10 VOL. 42 NO 2 11 DOSSIER : MATÉRIAUX 2.0 DE NOUVEAUX MATÉRIAUX QUI PROMETTENT LEUR LOT D’INNOVATION L’industrie mondiale des revêtements de sol se souviendra probablement de l’année 2026 comme celle ayant démontré un appétit important pour les nouveaux matériaux et leurs possibilités. Suivant des années de croissance soutenue par le SPC, le LVT, le stratifié et le bois d’ingénierie, le marché se réinvente désormais grâce à des avancées en matière de matériaux, aux possibilités numériques, aux engagements en matière de développement durable et à des technologies de conception ultraréaliste. Dans les pages qui suivent, Surface vous propose un tour d’horizon, certes non exhaustif, mais incluant des matériaux triés sur le volet, riches de possibles et particulièrement viables en sol nord-américain. Avant de poursuivre, une question s’impose : de quels nouveaux matériaux sera-t-il ici question? Notre sélection s’est basée sur la sainte trinité moderne, celle qui s’inscrit dans la grande tendance voulant que les sols d’aujourd’hui soient non seulement plus solides et plus attrayants, mais surtout intelligents, écologiques et performants. On y abordera donc, dans l’ordre de présentation, la technologie québécoise innovante de CarbiCrete, qui propose du béton sans ciment; le projet de l’ÉTS visant à intégrer la coquille d’œuf dans des matériaux composites afin de renforcer leurs propriétés, notamment la résistance à l’usure et leur possibilités en teme d’impression 3D. Suivront des résumés d’autres initiatives en ce sens, notamment la coquille d’huître et le béton bioréceptif. CARBICRETE : DU BÉTON DÉCARBONISÉ CarbiCrete est une entreprise montréalaise qui se spécialise dans la technologie d’élimination du carbone. Elle met au point des solutions de construction novatrices et peu coûteuses qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre, lui permettant ainsi de s’inscrire dans les exigences de différentes certifications écoresponsables. Plus précisément, la technologie québécoise brevetée de CarbiCrete, mise au point à l’Université McGill, permet de produire un béton sans ciment et sans émission de carbone. Ce procédé utilise un sous-produit industriel bien connu, soit les scories des aciéries, qui remplace le ciment comme liant dans les produits en béton préfabriqué. Du CO₂ est ainsi injecté dans le béton frais pour lui donner la résistance voulue, tout en emprisonnant de façon permanente ce gaz dans les produits obtenus. La compagnie octroie des licences pour sa technologie aux producteurs de béton et supervise la mise à niveau nécessaire au procédé. Patio Drummond, un fabricant de produits d’aménagement paysager de Drummondville, produit et vend actuellement des blocs sans ciment utilisant la technologie CarbiCrete. Canal Block, située à Port Colborne, en Ontario, fabrique également des produits fabriqués avec le processus CarbiCrete pour le marché de l’Ontario. À noter : ses installations de recherche et de développement de l’entreprise sont situées dans l’arrondissement Lachine. ENTREVUE AVEC YURI MYTKO, DIRECTEUR DU MARKETING Surface : Décrivez-nous en quoi votre produit se distingue sur le marché? Yuri Mytko : Les étapes du procédé de CarbiCrete sont identiques à celles de la fabrication traditionnelle du béton, à quelques différences près. Pour produire un béton à base de ciment, il faut mélanger le ciment avec les granulats et l’eau. Avec la méthode CarbiCrete, le ciment est remplacé par des scories d’acier qui sont mélangées aux mêmes matériaux à l’aide d’un équipement standard. Le mélange est ensuite transformé en produits de maçonnerie à l’aide de machines conventionnelles. Pour que le béton durcisse, il doit être placé dans une chambre d’absorption spéciale dans laquelle est injecté du CO2, là où il réagira avec les scories d’acier présentes. En 24 heures, le béton a atteint sa pleine résistance. Plus précisément, au cours du procédé de carbonatation, du CO2 biogénique provenant de la fermentation d’éthanol est capturé de façon permanente et converti en carbonates de calcium stables, remplissant les vides de la matrice pour former une structure dense qui donnera au béton la résistance voulue. Les blocs de construction CarbiCrete présentent des propriétés mécaniques et de durabilité équivalentes ou supérieures à celles des blocs de construction à base de ciment. Elles présentent les mêmes propriétés d’absorption d’eau, mais leur résistance à la compression est jusqu’à 30 % supérieure. S. : Qu’en est-il de l’impact environnemental? des chiffres? des faits? Y. M. : L’adoption de la technologie CarbiCrete dans une usine type de production de blocs de béton manufacturés (blocs de construction) réduit de manière importante son impact environnemental année après année. On parle de 20 000 tonnes d’équivalent CO2 réduites ou supprimées, de plus de 4 400 m3 d’eau économisés, de plus de 33 000 tonnes de matière détournées de la décharge publique. La technologie CarbiCrete réduit ainsi de manière fort importante l’empreinte carbone intrinsèque. Par exemple, pour 600 000 blocs de construction produits annuellement, la réduction projetée se décline ainsi : 300 000 kg de CO2 séquestré dans les blocs, 900 000 kg d’émissions de CO2 évitées. Ce qui, selon les barèmes en vigueur, se révèle équivalent à 29 760 arbres cultivés pendant 10 ans. Constat similaire du côté des 300 000 pieds carrés de pavésproduits annuellement. On parle ici, toujours selon les normes d’équivalence en vigueur, d’une réduction projetée allant jusqu’à 150 000 kg de CO2 séquestré et de 600 000 kg d’émissions évitées. En termes d’équivalence de carbone séquestré, cela par Yves Rivard
VOL. 42 NO 2 12 VOL. 42 NO 2 13 représente 15 279 arbres cultivés pendant 10 ans. Ces estimations demeurent approximatives et ne sont pas garanties, car elles se basent sur des informations limitées, et les chiffres réels peuvent changer une fois que tous les éléments du projet sont finalisés. S. : Justement, la technologie CarbiCrete s’inscrit-elle dans les paramètres de certification LEED ou autre? Y. M. : CarbiCrete génère et vend des crédits carbone vérifiés de haute qualité pour les acheteurs qui cherchent à compenser leurs émissions. Lorsque vous achetez des crédits chez CarbiCrete, votre achat contribue à la production de produits de construction de grande valeur, dont l’utilisation contribue à la décarbonisation de l’environnement bâti. Le carbone minéralisé dans le béton est incorporé pour toujours et ne retournera jamais dans l’atmosphère. La compagnie 3Degrees, l’un des principaux fournisseurs de solutions climatiques et certifié B Corporation, supervise la quantification et la vérification des réductions d’émissions générées par la technologie de CarbiCrete et gère la vente des attributs environnementaux, contribuant ainsi à répondre à la demande croissante du marché en matière de projets d’élimination du carbone et d’intervention dans la chaîne d’approvisionnement. Cela dit, selon la plus récente fiche signalétique du système de notation LEED, CarbiCrete peut contribuer à un gain de 28 points. S. : La solution CarbiCrete semble cocher toutes les cases du développement durable : la technologie est québécoise, très écoresponsable et très performante. Elle montre la voie à suivre et correspond à ce que les différents gouvernements et organismes demandent. Y. M. : Le marché démontre un grand intérêt depuis longtemps pour des solutions telles que CarbiCrete, mais il n’était pas entièrement prêt. Il existe une grande différence entre le fait de vouloir les utiliser et de finalement pouvoir les utiliser. Quand un produit se révèle innovant à ce point, il faut un certain temps pour que celui-ci soit connu, reconnu, accepté, spécifié et intégré dans la grande chaîne préexistante, qui inclut, comme vous le savez bien, les architectes, designers et constructeurs. Je suis d’avis qu’une fois que les décideurs auront pris connaissance des études démontrant qu’un nouveau produit égale ou surpasse les autres en termes de fabrication et de performance, des changements surviendront. Évidemment, l’innovation prend sa place plus rapidement quand le facteur économique est favorable, quand le produit innovant s’avère moins cher. Pour l’instant, au Québec, on parle de parité avec les autres produits. CarbiCrete poursuit ses démarches en s’appuyant sur de nombreuses études réalisées par différentes firmes et instances spécialisées dans le domaine. La compagnie en est à terminer les processus de certification visant les matériaux structurels aux États-Unis et en France, là où nous travaillons déjà avec un partenaire qui utilise notre produit. Celle du Canada est déjà obtenue. Je crois que le marché est de plus en plus prêt. S. : Comment l’approvisionnement en scories de métal se fait-il? Y. M. : On parle toujours de sourçage local. Au Québec, notre fournisseur officiel est Harsco. La matière première est ensuite pulvérisée et réduite à l’état de poudre chez Amrize Canada (Lafarge), à Saint-Constant. Le tout est ensuite acheminé directement chez Patio Drummond de la même manière que s’il était question de ciment. S. : Les marchés américain et mexicain, si l’on se limite à l’Amérique du Nord, nous apparaissent comme particulièrement porteurs, du fait des températures plus élevées qui sévissenent là-bas, souvent à l’année, et qui pourraient certainement bénéficier de matériaux permettant de réduire les effets des îlots de chaleur. Sur le terrain, à quoi ressemblent les premiers contacts? Y. M. : Les marchés sont très différents. Par exemple, il n’existe pas beaucoup de programmes gouvernementaux américains permettant aux entreprises ou institutions de réduire les coûts liés à l’utilisation de nouvelles technologies plus vertes. Mais, c’est un fait, les possibilités, notamment en termes de maçonnerie, sont gigantesques. Le marché du bloc est très important. Nous sommes en pourparlers avancés avec plusieurs clients potentiels. Je crois que pour générer une entrée remarquée en sol américain, CarbiCrete pourrait contribuer à un projet signature, qui validerait notre démarche et notre produit de façon plus marquée. S. : Au Québec, il va sans dire que les arénas, les stationnements et places publiques extérieures pourraient certainement bénéficier de votre solution. DOSSIER : MATÉRIAUX 2.0
VOL. 42 NO 2 14 VOL. 42 NO 2 15 DOSSIER : MATÉRIAUX 2.0 Y. M. : Absolument. Je suis d’avis qu’ici, les projets gouvernementaux, peu importe le palier, sont certainement une clientèle très ciblée. Les liens entre leurs exigences et nos produits sont parfaitement arrimés. Lorsque je me promène un peu partout, je me dis toujours que tout ce que je vois en termes d’infrastructures pourrait être signé CarbiCrete. S. : Une prochaine grande date pour l’entreprise? Y. M. : Dans les prochaines semaines, CarbiCrete fera une annonce très importante en matière de développement. Un géant du commerce en ligne confirmera l’utilisation de notre solution pour le revêtement de sol de l’un de ses centres de logistique en Europe. L’un des facteurs ayant motivé cette décision tient dans la volonté de combattre les îlots de chaleur. Ce bâtiment ne sera pas livré selon les normes LEED, mais selon celles de l’International Living Future Institute’s Zero Carbon Certification. Il est fort possible qu’il soit question d’un partenariat à long terme avec ce constructeur spécialisé. L’important est de savoir que le transport de matières premières du Québec vers l’Europe s’avère encore plus écoresponsable que l’utilisation d’un produit de ciment traditionnel. ÉCOLE DE TECHNOLOGIE SUPÉRIEURE : MARCHER SUR DES ŒUFS Depuis quelques années, le laboratoire de fabrication intelligente et circulaire (LFIC), à l’École de technologie supérieure de Montréal (ÉTS), travaille sur un projet visant les coquilles d’œuf, dont la poudre pourrait être utilisée dans certains cas de fabrication, notamment pour l’impression 3D. En résumé, cette approche vise à réduire la consommation de ressources naturelles, notamment le plastique vierge, en le remplaçant en partie par de la poudre de coquille d’œuf (carbonate de calcium). Il va sans dire que ledit projet contribue à détourner ces déchets potentiels des sites d’enfouissement en les réutilisant ou en leur donnant une nouvelle vie. Pour rappel, les coquilles d’œuf proviennent d’usines de cassage, soit des installations industrielles où les œufs sont transformés en produits liquides ou plus élaborés. Les entreprises éliminent ensuite généralement ces résidus dans des sites d’enfouissement, ce qui représente un coût pour l’industrie. Lucas A. Hof, M. Sc., Ph.D., professeur au département de génie mécanique, et Jean-Philippe Leclair, M. Sc.A., étudiant au doctorat, ont accepté de répondre à nos questions. Mise en contexte : la plupart des coquilles d’œuf dans le monde finissent dans des sites d’enfouissement. Par exemple, aux États-Unis et en Europe, les usines de cassage d’œufs paient annuellement environ 100 000 US $ pour l’envoi des coquilles dans les sites d’enfouissement. Cette action pose un problème environnemental, car leur décomposition produit des composés comme l’ammoniac, le sulfure d’hydrogène et l’amine, libérant des niveaux élevés de contaminants et d’odeurs. Les coquilles d’œuf peuvent également être porteuses d’agents pathogènes comme l’E. coli ou la salmonelle. DISCUSSION AVEC LUCAS HOF ET JEAN-PHILIPPE LECLAIR Surface : Comment le LFIC a-t-il décidé de mener ce projet? En quelques mots, quel est l’objectif de la recherche? Lucas Hof : L’idée provient d’un collègue de l’Université de Saskatchewan. Il s’agit de concevoir un nouveau matériau durable et performant pour l’impression 3D qui s’inscrit dans le cadre d’une économie circulaire. En effet, la fabrication additive pourrait jouer un rôle important dans le passage à une économie plus circulaire, puisque ce procédé est agile et produit, typiquement, moins de déchets. Plus précisément, il est question d’évaluer la performance mécanique (p. ex., en flexion et la ductilité) d’échantillons de composite PLA-coquille d’œuf. Le principe du projet est double : tenter d’utiliser les coquilles pour revaloriser les flux de déchets, mais aussi améliorer la performance mécanique du PLA. J.-P. L : Une précision : l’étude vise aussi à substituer la poudre organique de coquille d’œuf issue des déchets à la poudre industrielle traditionnelle de calcaire, obtenue par extraction minière. On vise à renforcer les plastiques et le 3D en l’utilisant comme un agent de remplissage. S. : Où en est le projet actuellement? L. H. : Nous avons travaillé sur deux volets : l’élaboration de filaments visant l’impression 3D et la création de matériaux composites, menée par Jean-Philippe, et l’intégration de la poudre de coquille au mortier en lieu et place, partiellement, du ciment afin de réduire la consommation de ciment tout en revalorisant un flux de déchets (ici : coquilles d’œuf), avec pour but de créer un mortier plus durable pour l’impression 3D. Le volet concernant le mortier est mené par l’étudiante au doctorat Silvia Castillo Sotelo (cosupervisé par le Pr. C. Ouellet-Plamondon), et sera terminé dans un an ou deux. S. : Entretenez-vous des partenariats avec des entreprises qui pourraient certainement être intéressées par de telles possibilités?
VOL. 42 NO 2 16 VOL. 42 NO 2 17 L.H. : Pour l’instant, une artiste collabore au projet, intéressée par les possibilités en termes d’impression 3D de matériaux composites. Il faut savoir que le projet permet des impressions à grande échelle en béton et aussi en matériaux composites. Mais, cela dit, le projet a maintenant atteint l’étape où des entreprises industrielles pourraient collaborer directement. S. : Pour l’industrie du revêtement de sol, quelles sont les possibilités? L. H. : Les produits issus de cette industrie nécessitent une grande dureté de même qu’une grande résistance à l’usure. La poudre de coquilles d’œuf offre justement la possibilité d’optimiser les propriétés mécaniques nécessaires aux matériaux composites utilisés dans les revêtements de sol. Donc, les possibilités en termes d’impression 3D et d’optimisation de la qualité des matériaux composites sont grandes et très intéressantes. S. : Certains nouveaux vinyles pourraient en bénéficier, non? J.-P. L. : Nous n’avons pas encore tenté l’expérience, mais ça devrait certainement bien s’intégrer à du vinyle. Cette piste mériterait certainement d’être explorée, question de voir quels sont les avantages et inconvénients, les gains et pertes en découleraient objectivement. Pour rappel, le slogan de l’ÉTS est : le génie pour l’industrie. FABRICATION ET CONCLUSION S. : En gros, quel est le processus de fabrication? L. H. : Les coquilles d’œuf sont rincées à l’eau chaude pour éliminer tout reste de blanc d’œuf et de membrane organique. Elles sont ensuite broyées en particules grossières de quelques millimètres. On ajoute ensuite de l’eau pour former une bouillie, et les grosses particules sont broyées en particules plus petites. Enfin, les particules en poudre sont séchées à environ 105 °C pendant 24 h avant d’être passées dans un tamis de 32 microns. Le produit final est une fine poudre blanche. S. : À ce jour, quelles sont les conclusions principales? L. H. : La poudre de coquille d’œuf incorporée au PLA en impression 3D peut améliorer les propriétés comme la résistance à la flexion et le module d’élasticité en flexion. Par rapport au PLA pur, on a constaté une augmentation d’environ 12 % de la résistance à la flexion et d’environ 9 % du module de flexion lors de l’essai d’échantillons contenant 5 % de coquille d’œuf. D’après les résultats expérimentaux, une teneur de 5 % de remplissage en coquille d’œuf s’est avérée être le pourcentage massique optimal de poudre de coquille d’œuf en considérant les objectifs de maximiser les performances mécaniques en flexion et d’augmenter la ductilité. DOSSIER : MATÉRIAUX 2.0 Lucas-A. holf, professeur au département de génie mécanie de l’ETS. Jean-Philippe Leclair, étudiant au doctorat. QUAND L’HUÎTRE S’OUVRE… AU REVÊTEMENT DE SOL Les coquilles d’huître sont de plus en plus valorisées comme matériau écologique et durable, notamment pour la création de revêtements de sol, de pavés et de bétons novateurs. À ce jour, cette matière transformée est utilisée pour pour remplacer les granulats traditionnels (sable, cailloux) dans des applications de construction, de décoration et d’aménagement paysager. Cette approche écoresponsable valorise une ressource locale et permet d’éviter l’importation de granulats ou le dragage de corail, réduisant ainsi l’empreinte carbone. Au nombre des caractéristiques intéressantes pour les revêtements de sol, on recense plusieurs possibilités, comme la création de pavés perméables et drainants, notamment en France, utilisés par les services de voirie et adaptés aux aires de stationnement pour véhicules légers, aux trottoirs, aux cours d’écoles et aux aménagements paysagers (entourages d’arbres). En termes de performance et de durabilité, ce matériau, résistant et poreux, permet la gestion des eaux pluviales et aide à lutter contre les îlots de chaleur urbains grâce à sa clarté, qui réfléchit la lumière. De plus, il serait possible de remplacer le squelette granulaire du béton de structure classique par des coquilles d’huître broyées, ces bétons biohybrides tirant parti de la structure de la nacre, qui présente une grande résistance à la rupture. La compagnie Résineo, une marque de LRVision, a récemment lancé un nouveau revêtement de sol conçu à base de quartz et de nacre tirée de coquilles d’huître recyclées. Plus précisément, le revêtement perméable Résineo Quartz, chiné de nacre d’huître, a été posé sur 130 m2 de terrasse extérieure dans le cadre d’un premier projet en France, et ce, avec grand succès. Des aménagements paysagers utilisant des coquilles d’huîtres recyclées tirées de gisements locaux ont également été réalisés. Les qualités esthétiques seraient aussi importantes. « La nacre a été dûment sélectionnée pour donner au revêtement un esthétisme singulier. « Les nuances et la brillance de la nacre se révèlent dès lors que le soleil se pose sur le revêtement », a déclaré Guillaume Lemaire, fondateur et cogestionnaire de LRVision. L’entreprise VIVAÔ, lancée par Alegina, a aussi pour mission de valoriser les coquillages au sein de matériaux composites durables visant l’aménagement intérieur et extérieur. Offerts en plusieurs dimensions et épaisseurs, ils offrent une liberté de composition aux paysagistes, urbanistes et maîtres d’œuvre pour concilier esthétique, fonctionnalité et gestion durable des sols. La gamme de couleurs VIVAÔ s’inspire des matières naturelles et minérales pour accompagner les projets d’aménagement. Chaque pavé s’intègre avec élégance dans son environnement, au service d’une architecture paysagère contemporaine et durable. Le concept utilise 30 kg m2 et vise à lutter contre les îlots de chaleur, à créer des produits sans générer d’émissions de CO₂ et à offrir un revêtement de sol qui gère l’eau de manière naturelle. La capacité drainante des pavés Vivaô serait 14 fois plus élevée que le minimum requis de 540 L/s/ha.
VOL. 42 NO 2 18 VOL. 42 NO 2 19 UN SOL POUR CHAQUE TOIT Le substrat VIVAÔ permet de végétaliser les surfaces de toiture de manière naturelle et efficace. C’est une manière de ramener la nature et la biodiversité en ville et d’optimiser les performances des bâtiments. RESPYRE ET SON BÉTON BIORÉCEPTIF Respyre est une jeune entreprise néerlandaise qui se spécialise dans le développement de nouveaux matériaux de construction innovants, notamment un béton bioréceptif conçu pour favoriser la pousse de la mousse sur les façades urbaines. Cette technologie permet de transformer les surfaces en béton gris en écosystèmes vivants, purifiant l’air et rafraîchissant les villes et aires publiques. Le principe actif des matériaux Respyre est ainsi décrit : le béton bioréceptif Moss Concrete, poreux et texturé, permet aux mousses de s’ancrer facilement sans endommager la structure. Composé jusqu’à 85 % de matériaux recyclés, il atteint son plein potentiel grâce à un gel bio-améliorant qui, une fois appliqué sur le béton, le nourrit, accélère la germination des spores de mousse et maintient l’humidité nécessaire, sans nécessiter de sol ni de système d’irrigation complexe. À noter : la mousse est autonome une fois installée et ne nécessite que très peu d’entretien par rapport aux murs végétaux traditionnels. Il va sans dire que les avantages environnementaux sont nombreux et aptes à faire la différence en chaude saison. La mousse cultivée sur ces façades absorbe le CO₂, capture les particules fines (pollution), améliore l’isolation thermique et réduit l’effet d’îlot de chaleur urbain (jusqu’à 30 % de baisse de température en surface). La technologie de Respyre s’applique aussi bien aux nouvelles constructions qu’à la rénovation, visant à intégrer la nature dans l’architecture urbaine. AVENUES À EXPLORER Du côté des vinyles biosourcés (LVT), des fabricants tels qu’Unilin (propriété de Mohawk Industries), active en Flandres et en France, mérite une mention grâce à sa collection Floorward, qui remplace le remplissage en craie traditionnel par une poudre de coquille d’œuf recyclée. Cela réduit l’empreinte carbone tout en conservant la résistance et l’étanchéité du vinyle. Pour ce qui est du carrelage en terrazzo à base de coquillage, des designers comme Elaine Yan Ling Chen (projet Carrelé) créent des carreaux en agglomérant des fragments de coquillages, avec un liant minéral. Le résultat ressemble à un terrazzo naturel, très résistant et esthétique. Concluons avec les écomatériaux de décoration, où l’on retrouve des initiatives comme celle de Circular Matters, une entreprise basée en Belgique. Celle-ci développe des matériaux biosourcés durables, notamment des panneaux et des solutions de revêtement en biocéramique, en utilisant des sous-produits agricoles et des liants naturels, dans une approche d’économie circulaire. Son produit phare, le CornWall, fait ainsi bon usage du maïs pour produire des carreaux conformes aux normes ISO 14040/14044 et EN 15804+A2. Ils peuvent être produits en trois couleurs différentes : rouge, beige et bleu foncé. Ils s’inscrivent dans une démarche de construction durable, pouvant être utilisés pour des applications intérieures. De tout ce qui précède, un constat s’impose : il existe une grande mouvance internationale vers le biosourcé dans le domaine du revêtement de sol. Une tendance à suivre, il va sans dire. DOSSIER : MATÉRIAUX 2.0
VOL. 42 NO 2 20 VOL. 42 NO 2 21 INFORMATION FQRS SILICE CRISTALLINE : RAPPEL DES OBLIGATIONS ET DES BONNES PRATIQUES SUR LES CHANTIERS La FQRS souhaite rappeler à ses membres l’importance cruciale de la prévention de l’exposition à la silice cristalline sur les chantiers de construction, un risque bien documenté et étroitement encadré par la réglementation québécoise. UN RISQUE BIEN RÉEL POUR LA SANTÉ DES TRAVAILLEURS La silice cristalline (dioxyde de silicium – SiO2) est présente dans plusieurs matériaux couramment utilisés dans le secteur du revêtement de sol, notamment le béton, la céramique, la brique, le mortier, le granit et le fibrociment. Lors de travaux tels que le sciage, le meulage, le ponçage, le perçage ou le forage, ces matériaux peuvent libérer de fines poussières respirables qui, une fois inhalées, pénètrent profondément dans les poumons. Une exposition prolongée à la silice cristalline peut entraîner des conséquences graves et irréversibles pour la santé, dont la silicose, une maladie pulmonaire chronique, ainsi que le cancer du poumon, des troubles respiratoires sévères et d’autres complications systémiques. Il est à noter que ces atteintes apparaissent souvent plusieurs années plus tard et sont souvent irréversibles. UN CADRE RÉGLEMENTAIRE RENFORCÉ Depuis juin 2023, la sous-section 3.25 du Code de sécurité pour les travaux de construction (CSTC) précise les mesures minimales obligatoires à mettre en place sur les chantiers où des travaux impliquent des matériaux présumés contenir ou contenant de la silice cristalline. Parmi les obligations clés de l’employeur : • mettre en place au moins une mesure de contrôle à la source, comme l’aspiration avec filtre à haute efficacité (HEPA) ou un procédé humide; • délimiter clairement l’aire de travail à l’aide de signaux de danger lorsque le port d’un appareil de protection respira- toire (APR) est requis; • interdire le balayage à sec ou toute méthode pouvant remettre les poussières en suspension dans l’air; • fournir un APR adéquat (P100 ou HEPA) pour certaines tâches spécifiques et appliquer un programme de protection respiratoire conforme. À noter également que la valeur d’exposition moyenne pondérée (VEMP) pour la silice cristalline est fixée à 0,05 mg/m³, un seuil abaissé en vigueur depuis le 28 avril 2024, ce qui exige une vigilance accrue des employeurs et des maîtres d’œuvre. TOLÉRANCE ZÉRO ET CONSÉQUENCES POSSIBLES La CNESST applique une approche de tolérance zéro en matière d’exposition aux poussières de silice cristalline. Des inspections récentes ont mené à des avis de correction, des arrêts de travaux et, dans certains cas, à des poursuites pénales, accompagnées d’amendes substantielles, notamment lorsque les mesures prévues au CSTC ne sont pas respectées. ATTENTION À L’AJUSTEMENT DES APPAREILS DE PROTECTION RESPIRATOIRE Un rappel particulier est nécessaire concernant l’étanchéité des appareils de protection respiratoire (APR). Comme le rapporte Le Soleil dans l’article « Trop barbus pour travailler sur un chantier » (Patricia Rainville, 21 novembre 2025), une barbe, même de quelques jours, peut nuire au joint d’étanchéité et réduire l’efficacité d’un masque, ce qui peut mener à une intervention de la CNESST et à des sanctions lorsque l’APR requis n’assure pas une protection adéquate. Il est donc essentiel de s’assurer d’un ajustement conforme et d’éviter toute pilosité faciale dans la zone de contact du masque.
VOL. 42 NO 2 22 VOL. 42 NO 2 23 CONGRÈS DÉCO SURFACES EN PHOTOS Le 49e congrès annuel de Déco Surfaces a été un événement mémorable! Tenu au Centre de congrès de Saint-Hyacinthe le vendredi 1er mai, il a rassemblé plus de 230 personnes passionnées dans une ambiance chaleureuse et conviviale. Sous le thème « Momentum », nous avons mis de l’avant l’importance de vivre pleinement l’instant présent, tout en restant tournés vers l’avenir et l’innovation dans notre industrie. Les participants ont pu découvrir une multitude d’expositions inspirantes, rencontrer nos précieux fournisseurs-partenaires et explorer des produits à la fine pointe des tendances, alliant design, qualité et durabilité. La journée s’est poursuivie dans une ambiance festive avec une soirée très animée sous la thématique « Steampunk », où créativité et originalité étaient au rendez-vous. Ce moment unique a permis de renforcer les liens entre les membres du réseau. Parmi les moments forts du congrès, la remise des prix de reconnaissance a permis de souligner l’engagement exceptionnel de nos fournisseurs-partenaires, dont les efforts soutenus contribuent activement à faire évoluer et rayonner Déco Surfaces à travers le Canada. Merci à tous les participants, partenaires et collaborateurs qui ont fait de cet événement un succès aussi inspirant que mémorable. UN CONGRÈS HAUT EN COULEUR
VOL. 42 NO 2 24 VOL. 42 NO 2 25 CONGRÈS DÉCO SURFACES EN PHOTOS
VOL. 42 NO 2 26 VOL. 42 NO 2 27 NOUVEAU PRODUIT TAFISA LANCE ICONIQ, UNE NOUVELLE COLLECTION EMBLÉMATIQUE INSPIRÉE DU CHÊNE Tafisa dévoile ICONIQ, une nouvelle collection de surfaces décoratives en mélamine (TFL) et stratifié haute pression (HPL), présentée dans le cadre de la toute première Semaine design de Montréal. Fondée sur une technologie d’embossage synchronisé, la collection propose une interprétation renouvelée du bois, où l’image et le relief s’accordent avec précision. UNE TECHNOLOGIE QUI ALIGNE LE VISUEL ET LE TOUCHER Spécialisée dans la fabrication de panneaux de particules et de surfaces décoratives, Tafisa produit ses panneaux décoratifs à partir de son usine de Lac-Mégantic, la plus grande en Amérique du Nord dans ce domaine. L’entreprise fournit principalement des matériaux destinés à la fabrication de cuisines, de mobilier, de bureaux et d’aménagements intégrés, en collaboration avec des ébénistes, des fabricants et des distributeurs. Avec ICONIQ, Tafisa met de l’avant une technologie pour laquelle elle a acquis une grande expérience au fil des dix dernières années : l’embossage synchronisé. Le principe repose sur une correspondance exacte entre le motif imprimé et le relief en surface. Chaque veine du bois visible à l’œil se prolonge dans la matière, créant une continuité perceptible au toucher. « Le dessin et la texture sont pensés ensemble. Chaque détail que l’on voit se retrouve dans le relief. Cette précision donne un rendu plus crédible, plus proche de la sensation du bois naturel », explique Pierre-Luc Bérubé, vice-président des ventes et du marketing chez Tafisa Canada. LE CHÊNE COMME RÉFÉRENCE COMMUNE Le choix du chêne comme base de la collection s’inscrit dans une volonté de travailler à partir d’un repère largement partagé dans l’univers du design intérieur. Présente dans de nombreux environnements, cette essence permet d’explorer différentes tonalités sans perdre en lisibilité. La collection se décline en six couleurs boisées, allant du blond clair au brun profond. Deux couleurs unies — un noir et un beige pâle légèrement grisé — viennent compléter l’ensemble, afin d’accompagner des compositions où couleurs et textures boisées se répondent dans un même projet. « Le chêne s’impose comme une évidence. On le retrouve dans une multitude de projets, dans des contextes variés. C’est une essence qui traverse les tendances, ce qui en fait une base solide pour développer une collection », précise Pierre-Luc Bérubé. UN LANCEMENT ANCRÉ DANS LA SEMAINE DESIGN DE MONTRÉAL Le lancement de la collection a été amorcé en mars 2026 sur les plateformes numériques de l’entreprise, avant de se déployer progressivement à travers une tournée nord-américaine auprès des distributeurs et des professionnels du design. Les premiers échantillons sont actuellement diffusés, avec une disponibilité en distribution prévue au printemps et au début de l’été. La présentation d’ICONIQ dans le cadre de la première Semaine design de Montréal marque une étape clé de ce lancement. Partenaire d’Index-Design et de son salon Complètement Design depuis plusieurs années, Tafisa y voit l’occasion de renforcer son lien avec la communauté du design et de l’architecture, tout en participant à l’émergence d’un rendez-vous structurant pour le milieu créatif québécois. « La Semaine design de Montréal représente une vitrine importante pour nous. C’est une manière de soutenir la communauté locale, de mettre en valeur le travail des designers et de créer un point de rencontre autour des matériaux et des projets », souligne Pierre-Luc Bérubé. L’événement a permis aux visiteurs professionnels de découvrir directement la nouvelle collection, en amont de sa diffusion dans les réseaux de distribution. « L’image donne une première idée, mais c’est en manipulant le panneau que l’on comprend réellement la différence. Le toucher confirme ce que l’on perçoit visuellement et révèle ce qui rend la collection véritablement iconique », conclut-il. Tiré du fil de presse v2com Photos : Tafisa
VOL. 42 NO 2 28 VOL. 42 NO 2 29
VOL. 42 NO 2 30 VOL. 42 NO 2 31 CHRONIQUE TAIGA ORIGINAIRE DE TROIS-RIVIÈRES, RENÉ LAPRISE A SERVI PENDANT 12 ANS AU SEIN DU 12E RÉGIMENT BLINDÉ DU CANADA, BASÉ À TROIS-RIVIÈRES. TITULAIRE D’UNE FORMATION EN PÉTROCHIMIE DU COLLÈGE DE MAISONNEUVE, IL EST ÉGALEMENT INSPECTEUR ACCRÉDITÉ PAR LA NALFA (NORTH AMERICAN LAMINATE FLOORING ASSOCIATION). IL ÉVOLUE DANS L’INDUSTRIE DU COUVRE-SOL DEPUIS 2007 ET A OCCUPÉ PLUSIEURS POSTES CLÉS, NOTAMMENT REPRÉSENTANT, ACHETEUR ET DIRECTEUR DES ACHATS, LUI DONNANT UNE COMPRÉHENSION COMPLÈTE DE LA CHAÎNE DE VALEUR DU SECTEUR. IL EST ACTUELLEMENT DIRECTEUR NATIONAL DU PLANCHER CHEZ TAIGA PRODUITS DE BÂTIMENT, OÙ IL MET À PROFIT SON EXPÉRIENCE TERRAIN ET STRATÉGIQUE POUR SOUTENIR LA CROISSANCE ET LE DÉVELOPPEMENT DE L’ENTREPRISE À L’ÉCHELLE NATIONALE. Dans un projet, le choix d’un plancher est rarement anodin. Il participe à l’identité de l’espace, influence la perception des matériaux et contribue directement à l’expérience des occupants. On le sélectionne avec soin, à partir d’échantillons, de rendus et de références visuelles, en cherchant l’équilibre entre esthétique, performance et budget. Mais une fois installé, le plancher quitte le monde du concept pour entrer dans celui de l’usage réel. C’est à ce moment que tout se joue. Car entre ce qui est spécifié et ce qui est vécu au quotidien, il existe souvent un écart important induit par les habitudes des occupants, les conditions d’entretien, le type d’occupation et même des détails techniques parfois sous-estimés, comme le choix du matériau ou du système d’assemblage. Comprendre cet écart, c’est mieux compendre la performance réelle des surfaces… et ultimement, faire des choix plus justes dès la conception. APRÈS LA LIVRAISON : CE QUE VOS PLANCHERS DEVIENNENT VRAIMENT On spécifie un plancher pour son apparence, sa texture, sa couleur. On le choisit pour l’effet qu’il crée dans l’espace, pour l’émotion qu’il suscite au moment de la livraison, mais un plancher ne vit pas dans un rendu 3D. Il vit dans un environnement réel avec des occupants, des contraintes, des habitudes… et souvent, des imprévus. Un plancher impeccable au jour un ne garantit absolument rien après quelques années. LE POINT AVEUGLE DU DESIGN Dans la majorité des projets, les architectes et designers s’en vont après la livraison. Le projet est terminé, photographié, parfois publié. Mais ce qui arrive ensuite reste largement invisible : • L’usure quotidienne • Les méthodes d’entretien • Les comportements des occupants • Les contraintes d’exploitation Ce manque de retour terrain crée un décalage important entre ce qui est spécifié… et ce qui performe réellement. Alors, plutôt que de rester dans la théorie, que deviennent réellement les planchers une fois habités? QUELQUES PISTES DE RÉFLEXION POUR PASSER DU CONCEPT À LA RÉALITÉ TROIS RÉALITÉS, UN MÊME PRODUIT… OU PRESQUE Un constat revient constamment sur le terrain : ce n’est pas seulement le produit qui détermine la performance, c’est son adéquation avec l’usage. Et c’est ici que les choix entre SPC, laminé… et même systèmes de « clic » prennent tout leur sens. LE CONDO LOCATIF : ROBUSTESSE AVANT TOUT Dans un environnement locatif : • Rotation élevée • Entretien imprévisible • Nettoyage parfois vigoureux Dans ce contexte, le SPC est souvent privilégié : • Bonne stabilité dimensionnelle • Tolérance aux conditions variables • Résistance correcte aux impacts et à l’humidité du quotidien Mais attention, tous les SPC ne se valent pas, surtout surtout pour les systèmes « clic ». Un système mal adapté peut entraîner : • Ouverture des joints • Infiltration de la saleté • Dégradation accélérée aux points de passage Dans ces projets, les systèmes « clic » rigides et mécaniquement solides (angle-angle ou systèmes renforcés) offrent généralement une meilleure tenue à long terme. LA FAMILLE ACTIVE : ÉQUILIBRE ENTRE CONFORT ET RÉSISTANCE Dans un contexte résidentiel occupé : • Impacts localisés • Trafic irrégulier mais intense par zones • Présence fréquente d’humidité ponctuelle Le choix entre SPC et laminé devient plus nuancé. Le laminé moderne revient en force dans ces environnements : • Meilleure résistance aux microrayures • Sensation plus chaude sous le pied • Esthétique souvent plus naturelle Mais il exige : • Un meilleur contrôle de l’humidité • Une installation précise, notamment au niveau des joints Ici, les systèmes « clic » jouent un rôle clé dans la durabilité perçue : • Un bon verrouillage limite les mouvements • Réduit l’apparition de joints visibles • Améliore la résistance à l’usure localisée LE PROPRIÉTAIRE SOIGNEUX : LATITUDE DE CHOIX Dans un environnement contrôlé : • Entretien régulier • Utilisation prévisible • Attention aux détails Le choix du produit devient plus flexible : • SPC • Laminé • Autres solutions hybrides Dans ce cas, même des systèmes « clic » plus simples peuvent performer adéquatement, car ils sont moins sollicités. Ce n’est pas le produit qui change, c’est le niveau de stress appliqué sur le système. LE PIÈGE : SPÉCIFIER UN PRODUIT SANS SON SYSTÈME Une erreur fréquente consiste à spécifier un type de plancher… sans considérer son système d’assemblage. Et pourtant : le « clic » est souvent le premier point de défaillance sur le terrain. Deux produits similaires peuvent avoir: • Une performance complètement différente • Une tolérance variable aux défauts du sous-plancher • Une résistance inégale à l’usage réel Ignorer cet aspect, c’est sous-estimer un facteur déterminant de durabilité. MULTIRÉSIDENTIEL : UNE STRATÉGIE, PAS UN PRODUIT Dans le multirésidentiel, la complexité augmente : • Profils d’occupants variés • Niveaux d’usure imprévisibles • Pression constante sur les coûts
VOL. 42 NO 2 32 CHRONIQUE TAIGA Utiliser une seule solution pour tous les contextes est rarement optimal. Une approche plus stratégique consiste à adapter : • Le type de produit (SPC vs laminé) • La robustesse du système « clic » • Les zones d’application Exemples: • Zones à fort trafic : solutions plus rigides et stables • Unités locatives : priorité à la durabilité fonctionnelle • Unités haut de gamme : équilibre esthétique-confort DESIGN VS RÉALITÉ : ACCEPTER LES COMPROMIS Le rôle du designer n’est pas de choisir le « meilleur produit » dans l’absolu. C’est de faire des choix cohérents avec : • L’usage réel • Les contraintes du projet • Les attentes du client Et cela exige souvent d’accepter certains compromis : • Un léger sacrifice esthétique pour plus de durabilité • Un coût initial plus élevé pour réduire les interventions futures • Une variation de solutions selon les zones REPENSER LA SPÉCIFICATION Quelques changements peuvent faire toute la différence. Il faut penser en terme d’usage réel. Un produit performant dans un contexte peut échouer dans un autre. Intégrer le système « clic » dès le départ, ce n’est pas un détail technique, c’est un facteur clé de performance. Il faut aussi adapter les matériaux aux zones. Un projet peut et devrait inclure plusieurs logiques de spécification. Et, surtout, n’oubliez pas de collaborer avec les gens sur le terrain Les retours d’expérience sont essentiels pour éviter les erreurs répétées. CONCLUSION : PRÉVOIR PLUTÔT QUE CORRIGER Un plancher n’est jamais mis à l’épreuve dans une salle d’exposition. Par contre, il l’est dans la vraie vie. Et dans cette réalité, ce ne sont pas seulement les matériaux qui comptent, mais la façon dont ils sont choisis, assemblés et utilisés. Spécifier un plancher, c’est faire un pari sur son futur. Et plus ce pari est ancré dans le réel, plus les résultats seront durables.
VOL. 42 NO 2 34 VOL. 42 NO 2 35 À la fin de février de chaque année, l’Association espagnole des fabricants de carreaux et de revêtements de sol en céramique (ASCER) invitait toute l’industrie de la céramique au CEVISAMA, une foire internationale réunissant exposants, distributeurs, architectes, designers d’intérieur, poseurs et journalistes. Cette année changement de cap majeur, il n’y a pas eu d’exposition. La presse internationale a reçu une invitation pour participer à trois journées promotionnelles visant à faire découvrir les nouveautés en matière de céramique espagnole et aussi pour nous raconter la grande histoire de la céramique ibérique. FAISONS PLACE À TIME OF SPAIN ASCER, en collaboration avec les entreprises du secteur des carreaux de céramique, a lancé le projet Time of Spain, une initiative promotionnelle destinée au secteur qui regroupera plusieurs actions de promotion à l’échelle de l’industrie et des entreprises, organisées en février et mars, le tout sous une même bannière portant le sceau Tile of Spain. Time of Spain se présente comme une initiative fédératrice visant à rassembler les propositions collectives et individuelles des fabricants espagnols de carreaux de céramique, dans le but de renforcer et d’accroître la visibilité de la promotion internationale du secteur à cette période clé du calendrier. Le projet comprendra différents outils promotionnels, notamment un site Web dédié présentant de l’information sur chaque entreprise, avec des filtres et des calendriers d’activités, ainsi qu’une campagne de communication et de diffusion sur les réseaux sociaux. Ce cadre servira également de toile de fond à la tenue d’événements tels que la conférence de presse internationale Tile of Spain, la cérémonie des prix Tile of Spain, ainsi que la présentation des tendances céramiques et des nouveautés des entreprises. Dans le cadre de Time of Spain, plusieurs visites à Castellón seront aussi organisées : une visite de presse internationale avec le soutien d’ICEX, ainsi que deux visites destinées aux distributeurs des États-Unis (dernière semaine de février) et du Royaume-Uni (première semaine de mars), avec le soutien d’IVACE. Time of Spain vise à inscrire les derniers jours de février et les premiers jours de mars dans les calendriers des distributeurs, architectes, designers d’intérieur et journalistes comme les dates incontournables pour découvrir les nouveautés du secteur espagnol des carreaux de céramique. ASCER/Tile of Spain souhaite que Time of Spain demeure un cadre flexible et en constante évolution, capable d’intégrer des salons professionnels sectoriels ainsi que d’autres activités promotionnelles organisées dans les salles d’exposition et sièges sociaux des entreprises, afin de renforcer une stratégie promotionnelle coordonnée et adaptée aux nouvelles dynamiques du marché. CASTELLÓN ET ONDA : LE BERCEAU DE LA CÉRAMIQUE ESPAGNOLE Avant même de nous amener dans une usine de céramique, la délégation a pu découvrir les villes où a pris naissance l’industrie de la céramique. La fabrication de céramique à Onda remonte à plusieurs siècles, notamment grâce à la présence d’argile de qualité dans la région. Dès le Moyen Âge, la ville développait déjà des activités liées à la poterie et aux carreaux décoratifs influencés par les traditions arabes. L’INDUSTRIE DE LA CÉRAMIQUE ESPAGNOLE CHANGE DE STRATÉGIE PROMOTIONNELLE LE CŒUR DE L’INDUSTRIE ESPAGNOLE DU CARRELAGE Au XXe siècle, Onda est devenue l’un des centres majeurs de la production industrielle de carreaux de céramique en Espagne. Avec les villes voisines comme Vila-real, Alcora et Castellón de la Plana, elle forme aujourd’hui ce qu’on appelle souvent le « cluster céramique de Castellón ». PLACE DU RAVAL L’histoire de la céramique à Onda a débuté en 1776 sur cette place précise. On peut y admirer la façade de la première fabrique de céramique de la ville, fondée par Miguel Guinot, qui en fut le propriétaire durant un demi-siècle. À partir du dernier tiers du XIXe siècle, l’établissement fut connu sous le nom d’usine « La Esperanza ». et la façade actuelle, ornée de sa peinture murale en carreaux de faïence, date exactement de cette période de splendeur. LA FONT DE DINS (PLACE DU MARCHÉ) Entre le VIIIe et le XIIIe siècle , Onda était habitée par les musulmans, qui ont établi un noyau urbain adjacent au château, créant un réseau de rues étroites et de blocs de maisons irréguliers où se distinguait le souk, lieu de commerce. Après la conquête chrétienne de 1241, le marché a été réaménagé autour de l’actuelle Plaça de la Font de Dins. Cette place conserve plusieurs édifices dotés d’arcs gothiques des XIVe et XVe siècles. Le bâtiment avec le cadran solaire est particulièrement remarquable, car il servait probablement de siège au conseil municipal d’Onda. La ville de Castellón de la Plana est considérée comme la capitale administrative et économique de l’industrie céramique espagnole. Avec les villes voisines d’Onda, Vila-real et Alcora, elle forme le plus important pôle de production de carreaux de céramique en Espagne et l’un des plus importants au monde. UN TERRITOIRE HISTORIQUEMENT LIÉ À LA CÉRAMIQUE La province de Castellón possède : des gisements d’argile; un accès maritime facilitant l’exportation; une tradition artisanale ancienne héritée des influences méditerranéennes et arabes. Dès le XVIIIe siècle, la région développe des ateliers de faïence et de carreaux décoratifs. Au XXe siècle, l’industrialisation transforme Castellón en véritable moteur de la céramique espagnole. CÉRAMIQUE ESPAGNOLE par Marcel Soucy Groupe d’architectes, de designers d’intérieur et de journalistes photographié au parc Ribalta à Castellon de la Plana. Omniprésence de fresques en céramique que l’on retrouve sur plusieurs façades de maisons situées dans le petit village d’Onda.
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