VOL. 42 NO 2 16 VOL. 42 NO 2 17 L.H. : Pour l’instant, une artiste collabore au projet, intéressée par les possibilités en termes d’impression 3D de matériaux composites. Il faut savoir que le projet permet des impressions à grande échelle en béton et aussi en matériaux composites. Mais, cela dit, le projet a maintenant atteint l’étape où des entreprises industrielles pourraient collaborer directement. S. : Pour l’industrie du revêtement de sol, quelles sont les possibilités? L. H. : Les produits issus de cette industrie nécessitent une grande dureté de même qu’une grande résistance à l’usure. La poudre de coquilles d’œuf offre justement la possibilité d’optimiser les propriétés mécaniques nécessaires aux matériaux composites utilisés dans les revêtements de sol. Donc, les possibilités en termes d’impression 3D et d’optimisation de la qualité des matériaux composites sont grandes et très intéressantes. S. : Certains nouveaux vinyles pourraient en bénéficier, non? J.-P. L. : Nous n’avons pas encore tenté l’expérience, mais ça devrait certainement bien s’intégrer à du vinyle. Cette piste mériterait certainement d’être explorée, question de voir quels sont les avantages et inconvénients, les gains et pertes en découleraient objectivement. Pour rappel, le slogan de l’ÉTS est : le génie pour l’industrie. FABRICATION ET CONCLUSION S. : En gros, quel est le processus de fabrication? L. H. : Les coquilles d’œuf sont rincées à l’eau chaude pour éliminer tout reste de blanc d’œuf et de membrane organique. Elles sont ensuite broyées en particules grossières de quelques millimètres. On ajoute ensuite de l’eau pour former une bouillie, et les grosses particules sont broyées en particules plus petites. Enfin, les particules en poudre sont séchées à environ 105 °C pendant 24 h avant d’être passées dans un tamis de 32 microns. Le produit final est une fine poudre blanche. S. : À ce jour, quelles sont les conclusions principales? L. H. : La poudre de coquille d’œuf incorporée au PLA en impression 3D peut améliorer les propriétés comme la résistance à la flexion et le module d’élasticité en flexion. Par rapport au PLA pur, on a constaté une augmentation d’environ 12 % de la résistance à la flexion et d’environ 9 % du module de flexion lors de l’essai d’échantillons contenant 5 % de coquille d’œuf. D’après les résultats expérimentaux, une teneur de 5 % de remplissage en coquille d’œuf s’est avérée être le pourcentage massique optimal de poudre de coquille d’œuf en considérant les objectifs de maximiser les performances mécaniques en flexion et d’augmenter la ductilité. DOSSIER : MATÉRIAUX 2.0 Lucas-A. holf, professeur au département de génie mécanie de l’ETS. Jean-Philippe Leclair, étudiant au doctorat. QUAND L’HUÎTRE S’OUVRE… AU REVÊTEMENT DE SOL Les coquilles d’huître sont de plus en plus valorisées comme matériau écologique et durable, notamment pour la création de revêtements de sol, de pavés et de bétons novateurs. À ce jour, cette matière transformée est utilisée pour pour remplacer les granulats traditionnels (sable, cailloux) dans des applications de construction, de décoration et d’aménagement paysager. Cette approche écoresponsable valorise une ressource locale et permet d’éviter l’importation de granulats ou le dragage de corail, réduisant ainsi l’empreinte carbone. Au nombre des caractéristiques intéressantes pour les revêtements de sol, on recense plusieurs possibilités, comme la création de pavés perméables et drainants, notamment en France, utilisés par les services de voirie et adaptés aux aires de stationnement pour véhicules légers, aux trottoirs, aux cours d’écoles et aux aménagements paysagers (entourages d’arbres). En termes de performance et de durabilité, ce matériau, résistant et poreux, permet la gestion des eaux pluviales et aide à lutter contre les îlots de chaleur urbains grâce à sa clarté, qui réfléchit la lumière. De plus, il serait possible de remplacer le squelette granulaire du béton de structure classique par des coquilles d’huître broyées, ces bétons biohybrides tirant parti de la structure de la nacre, qui présente une grande résistance à la rupture. La compagnie Résineo, une marque de LRVision, a récemment lancé un nouveau revêtement de sol conçu à base de quartz et de nacre tirée de coquilles d’huître recyclées. Plus précisément, le revêtement perméable Résineo Quartz, chiné de nacre d’huître, a été posé sur 130 m2 de terrasse extérieure dans le cadre d’un premier projet en France, et ce, avec grand succès. Des aménagements paysagers utilisant des coquilles d’huîtres recyclées tirées de gisements locaux ont également été réalisés. Les qualités esthétiques seraient aussi importantes. « La nacre a été dûment sélectionnée pour donner au revêtement un esthétisme singulier. « Les nuances et la brillance de la nacre se révèlent dès lors que le soleil se pose sur le revêtement », a déclaré Guillaume Lemaire, fondateur et cogestionnaire de LRVision. L’entreprise VIVAÔ, lancée par Alegina, a aussi pour mission de valoriser les coquillages au sein de matériaux composites durables visant l’aménagement intérieur et extérieur. Offerts en plusieurs dimensions et épaisseurs, ils offrent une liberté de composition aux paysagistes, urbanistes et maîtres d’œuvre pour concilier esthétique, fonctionnalité et gestion durable des sols. La gamme de couleurs VIVAÔ s’inspire des matières naturelles et minérales pour accompagner les projets d’aménagement. Chaque pavé s’intègre avec élégance dans son environnement, au service d’une architecture paysagère contemporaine et durable. Le concept utilise 30 kg m2 et vise à lutter contre les îlots de chaleur, à créer des produits sans générer d’émissions de CO₂ et à offrir un revêtement de sol qui gère l’eau de manière naturelle. La capacité drainante des pavés Vivaô serait 14 fois plus élevée que le minimum requis de 540 L/s/ha.
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