Magazine Surface Vol. 42 No 2

VOL. 42 NO 2 14 VOL. 42 NO 2 15 DOSSIER : MATÉRIAUX 2.0 Y. M. : Absolument. Je suis d’avis qu’ici, les projets gouvernementaux, peu importe le palier, sont certainement une clientèle très ciblée. Les liens entre leurs exigences et nos produits sont parfaitement arrimés. Lorsque je me promène un peu partout, je me dis toujours que tout ce que je vois en termes d’infrastructures pourrait être signé CarbiCrete. S. : Une prochaine grande date pour l’entreprise? Y. M. : Dans les prochaines semaines, CarbiCrete fera une annonce très importante en matière de développement. Un géant du commerce en ligne confirmera l’utilisation de notre solution pour le revêtement de sol de l’un de ses centres de logistique en Europe. L’un des facteurs ayant motivé cette décision tient dans la volonté de combattre les îlots de chaleur. Ce bâtiment ne sera pas livré selon les normes LEED, mais selon celles de l’International Living Future Institute’s Zero Carbon Certification. Il est fort possible qu’il soit question d’un partenariat à long terme avec ce constructeur spécialisé. L’important est de savoir que le transport de matières premières du Québec vers l’Europe s’avère encore plus écoresponsable que l’utilisation d’un produit de ciment traditionnel. ÉCOLE DE TECHNOLOGIE SUPÉRIEURE : MARCHER SUR DES ŒUFS Depuis quelques années, le laboratoire de fabrication intelligente et circulaire (LFIC), à l’École de technologie supérieure de Montréal (ÉTS), travaille sur un projet visant les coquilles d’œuf, dont la poudre pourrait être utilisée dans certains cas de fabrication, notamment pour l’impression 3D. En résumé, cette approche vise à réduire la consommation de ressources naturelles, notamment le plastique vierge, en le remplaçant en partie par de la poudre de coquille d’œuf (carbonate de calcium). Il va sans dire que ledit projet contribue à détourner ces déchets potentiels des sites d’enfouissement en les réutilisant ou en leur donnant une nouvelle vie. Pour rappel, les coquilles d’œuf proviennent d’usines de cassage, soit des installations industrielles où les œufs sont transformés en produits liquides ou plus élaborés. Les entreprises éliminent ensuite généralement ces résidus dans des sites d’enfouissement, ce qui représente un coût pour l’industrie. Lucas A. Hof, M. Sc., Ph.D., professeur au département de génie mécanique, et Jean-Philippe Leclair, M. Sc.A., étudiant au doctorat, ont accepté de répondre à nos questions. Mise en contexte : la plupart des coquilles d’œuf dans le monde finissent dans des sites d’enfouissement. Par exemple, aux États-Unis et en Europe, les usines de cassage d’œufs paient annuellement environ 100 000 US $ pour l’envoi des coquilles dans les sites d’enfouissement. Cette action pose un problème environnemental, car leur décomposition produit des composés comme l’ammoniac, le sulfure d’hydrogène et l’amine, libérant des niveaux élevés de contaminants et d’odeurs. Les coquilles d’œuf peuvent également être porteuses d’agents pathogènes comme l’E. coli ou la salmonelle. DISCUSSION AVEC LUCAS HOF ET JEAN-PHILIPPE LECLAIR Surface : Comment le LFIC a-t-il décidé de mener ce projet? En quelques mots, quel est l’objectif de la recherche? Lucas Hof : L’idée provient d’un collègue de l’Université de Saskatchewan. Il s’agit de concevoir un nouveau matériau durable et performant pour l’impression 3D qui s’inscrit dans le cadre d’une économie circulaire. En effet, la fabrication additive pourrait jouer un rôle important dans le passage à une économie plus circulaire, puisque ce procédé est agile et produit, typiquement, moins de déchets. Plus précisément, il est question d’évaluer la performance mécanique (p. ex., en flexion et la ductilité) d’échantillons de composite PLA-coquille d’œuf. Le principe du projet est double : tenter d’utiliser les coquilles pour revaloriser les flux de déchets, mais aussi améliorer la performance mécanique du PLA. J.-P. L : Une précision : l’étude vise aussi à substituer la poudre organique de coquille d’œuf issue des déchets à la poudre industrielle traditionnelle de calcaire, obtenue par extraction minière. On vise à renforcer les plastiques et le 3D en l’utilisant comme un agent de remplissage. S. : Où en est le projet actuellement? L. H. : Nous avons travaillé sur deux volets : l’élaboration de filaments visant l’impression 3D et la création de matériaux composites, menée par Jean-Philippe, et l’intégration de la poudre de coquille au mortier en lieu et place, partiellement, du ciment afin de réduire la consommation de ciment tout en revalorisant un flux de déchets (ici : coquilles d’œuf), avec pour but de créer un mortier plus durable pour l’impression 3D. Le volet concernant le mortier est mené par l’étudiante au doctorat Silvia Castillo Sotelo (cosupervisé par le Pr. C. Ouellet-Plamondon), et sera terminé dans un an ou deux. S. : Entretenez-vous des partenariats avec des entreprises qui pourraient certainement être intéressées par de telles possibilités?

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