Magazine Surface Vol. 42 No 2

VOL. 42 NO 2 10 VOL. 42 NO 2 11 DOSSIER : MATÉRIAUX 2.0 DE NOUVEAUX MATÉRIAUX QUI PROMETTENT LEUR LOT D’INNOVATION L’industrie mondiale des revêtements de sol se souviendra probablement de l’année 2026 comme celle ayant démontré un appétit important pour les nouveaux matériaux et leurs possibilités. Suivant des années de croissance soutenue par le SPC, le LVT, le stratifié et le bois d’ingénierie, le marché se réinvente désormais grâce à des avancées en matière de matériaux, aux possibilités numériques, aux engagements en matière de développement durable et à des technologies de conception ultraréaliste. Dans les pages qui suivent, Surface vous propose un tour d’horizon, certes non exhaustif, mais incluant des matériaux triés sur le volet, riches de possibles et particulièrement viables en sol nord-américain. Avant de poursuivre, une question s’impose : de quels nouveaux matériaux sera-t-il ici question? Notre sélection s’est basée sur la sainte trinité moderne, celle qui s’inscrit dans la grande tendance voulant que les sols d’aujourd’hui soient non seulement plus solides et plus attrayants, mais surtout intelligents, écologiques et performants. On y abordera donc, dans l’ordre de présentation, la technologie québécoise innovante de CarbiCrete, qui propose du béton sans ciment; le projet de l’ÉTS visant à intégrer la coquille d’œuf dans des matériaux composites afin de renforcer leurs propriétés, notamment la résistance à l’usure et leur possibilités en teme d’impression 3D. Suivront des résumés d’autres initiatives en ce sens, notamment la coquille d’huître et le béton bioréceptif. CARBICRETE : DU BÉTON DÉCARBONISÉ CarbiCrete est une entreprise montréalaise qui se spécialise dans la technologie d’élimination du carbone. Elle met au point des solutions de construction novatrices et peu coûteuses qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre, lui permettant ainsi de s’inscrire dans les exigences de différentes certifications écoresponsables. Plus précisément, la technologie québécoise brevetée de CarbiCrete, mise au point à l’Université McGill, permet de produire un béton sans ciment et sans émission de carbone. Ce procédé utilise un sous-produit industriel bien connu, soit les scories des aciéries, qui remplace le ciment comme liant dans les produits en béton préfabriqué. Du CO₂ est ainsi injecté dans le béton frais pour lui donner la résistance voulue, tout en emprisonnant de façon permanente ce gaz dans les produits obtenus. La compagnie octroie des licences pour sa technologie aux producteurs de béton et supervise la mise à niveau nécessaire au procédé. Patio Drummond, un fabricant de produits d’aménagement paysager de Drummondville, produit et vend actuellement des blocs sans ciment utilisant la technologie CarbiCrete. Canal Block, située à Port Colborne, en Ontario, fabrique également des produits fabriqués avec le processus CarbiCrete pour le marché de l’Ontario. À noter : ses installations de recherche et de développement de l’entreprise sont situées dans l’arrondissement Lachine. ENTREVUE AVEC YURI MYTKO, DIRECTEUR DU MARKETING Surface : Décrivez-nous en quoi votre produit se distingue sur le marché? Yuri Mytko : Les étapes du procédé de CarbiCrete sont identiques à celles de la fabrication traditionnelle du béton, à quelques différences près. Pour produire un béton à base de ciment, il faut mélanger le ciment avec les granulats et l’eau. Avec la méthode CarbiCrete, le ciment est remplacé par des scories d’acier qui sont mélangées aux mêmes matériaux à l’aide d’un équipement standard. Le mélange est ensuite transformé en produits de maçonnerie à l’aide de machines conventionnelles. Pour que le béton durcisse, il doit être placé dans une chambre d’absorption spéciale dans laquelle est injecté du CO2, là où il réagira avec les scories d’acier présentes. En 24 heures, le béton a atteint sa pleine résistance. Plus précisément, au cours du procédé de carbonatation, du CO2 biogénique provenant de la fermentation d’éthanol est capturé de façon permanente et converti en carbonates de calcium stables, remplissant les vides de la matrice pour former une structure dense qui donnera au béton la résistance voulue. Les blocs de construction CarbiCrete présentent des propriétés mécaniques et de durabilité équivalentes ou supérieures à celles des blocs de construction à base de ciment. Elles présentent les mêmes propriétés d’absorption d’eau, mais leur résistance à la compression est jusqu’à 30 % supérieure. S. : Qu’en est-il de l’impact environnemental? des chiffres? des faits? Y. M. : L’adoption de la technologie CarbiCrete dans une usine type de production de blocs de béton manufacturés (blocs de construction) réduit de manière importante son impact environnemental année après année. On parle de 20 000 tonnes d’équivalent CO2 réduites ou supprimées, de plus de 4 400 m3 d’eau économisés, de plus de 33 000 tonnes de matière détournées de la décharge publique. La technologie CarbiCrete réduit ainsi de manière fort importante l’empreinte carbone intrinsèque. Par exemple, pour 600 000 blocs de construction produits annuellement, la réduction projetée se décline ainsi : 300 000 kg de CO2 séquestré dans les blocs, 900 000 kg d’émissions de CO2 évitées. Ce qui, selon les barèmes en vigueur, se révèle équivalent à 29 760 arbres cultivés pendant 10 ans. Constat similaire du côté des 300 000 pieds carrés de pavésproduits annuellement. On parle ici, toujours selon les normes d’équivalence en vigueur, d’une réduction projetée allant jusqu’à 150 000 kg de CO2 séquestré et de 600 000 kg d’émissions évitées. En termes d’équivalence de carbone séquestré, cela par Yves Rivard

RkJQdWJsaXNoZXIy MjQ1OTU=