Magazine Surface Vol. 41 No 4

VOL. 41 NO 4 58 VOL. 41 NO 4 59 J’ai suggéré au propriétaire que la fissuration du joint cimentaire entre les éléments de marbre pourrait être causée par la charge morte importante que ces derniers appliquent sur la structure de bois (en ce sens, la jonction des dalles au plancher présentait un léger fluage). Mais cela, en soi, ne suffirait pas à expliquer la fuite puisque les murs et les planchers de l’enceinte furent imperméabilisés avant l’installation du marbre. Le coulis a donc été enlevé du joint et du ruban adhésif étanche appliqué sur ce dernier afin d’aider à déterminer où se produisait la fuite. Le coin en bleu sur la photo ci-dessus fut laissé libre et du ruban gommé fut appliqué immédiatement à côté afin de bien isoler cette partie du joint. L’essai avec de l’eau pulvérisée confirma qu’il y avait une fuite d’eau à cet endroit. Un trou fut percé en prenant beaucoup de précaution à l’endroit jugé problématique et, malgré plusieurs tentatives d’obturation de cet espace (par injection de résine acrylique monocomposante, puis une résine époxyde et plus tard, une résine réactive de polyuréthane liquide), la fuite persistait tout de même, mais de façon nettement moins abondante! (photo en bas à gauche). Du ruban a été appliqué à la grandeur du joint; aucune fuite ne s’est produite. Mais, étrangement, lorsque le ruban a été retiré progressivement depuis la niche (point 1 sur la photo ci-contre) jusqu’au point 2, l’eau s’est mise à fuir de la douche, bien que le reste du ruban (dans la zone 3). Un vrai mystère! Le propriétaire, on peut le comprendre, voulait absolument traiter de manière définitive la cause de la fuite et ne pas utiliser juste un mastic souple, 100 % silicone, en remplacement du coulis cimentaire. Le propriétaire a donc décidé de faire enlever les éléments de marbre installés sur toute la partie basse du mur afin de pouvoir y voir de plus près. La photo est éloquente : Les dalles de marbre reposaient sur des points de ciment-colle! Vous aurez remarqué que sur la photo au bas de la page 58, la grande pièce de marbre a été retirée en un seul morceau. En fait, toutes les pièces retirées étaient intactes, tout comme le panneau hydrofuge. Il n’est donc pas déraisonnable de penser que l’adhérence du ciment-colle aurait dû être suffisante pour que le panneau se brise ou encore que la pièce de marbre se brise avec les efforts entrepris pour les déloger. Aucun indice ne laisse penser que le ciment-colle puisse avoir été défectueux. On peut raisonnablement se demander si ce n’est pas la présence de la résine à l’endos du marbre qui aurait empêché le ciment-colle d’offrir sa pleine performance d’adhérence. Mais bon, revenons à nos observations. Nous en avons déduit que les points de ciment-colle créaient un effet de « réservoir » derrière les dalles de marbre, permettant ainsi à l’eau de s’y accumuler progressivement, jusqu’à atteindre la fin de la membrane au plancher (le propriétaire à confirmé que la membrane au plancher fut appliquée au-delà de l’entrée de la douche sur quelques centimètres, pour finalement couler dans la pièce au-dessous. Cela expliquerait pourquoi l’eau pouvait fuir même loin du coin (je réfère encore une fois, au marqueur sur la photo de la page 58). L’eau accumulée aurait dû donner un indice visuel au niveau du marbre, car lorsque celui-ci est mouillé, il paraît plus foncé. Toutefois, l’endos des dalles étant renforcé d’un filet1 imprégné de résine, aucune indication visuelle n’a donc pu transparaître pour indiquer une accumulation derrière le marbre. LA SOLUTION Le propriétaire a donc fait poncer les points de collage pour permettre l’application d’une pleine couche de ciment-colle, en appliquant la méthode de double encollage (afin d’atteindre une couverture d’au moins 95 %¹) après que l’espace entre les points de collage sur le panneau hydrofuge a été complètement rempli de sorte à supprimer l’effet de « réservoir ». Cependant, et dans la mesure où le propriétaire ne semblait pas être complètement convaincu de l’efficacité de l’étanchéité de l’installation, à sa demande, j’ai procédé à l’injection d’une solution d’étanchéité à base de résine époxyde, suivie d’une autre injection d’un mélange de polyuréthane sur toute la longueur du joint, en laissant de l’espace pour l’application d’un mastic souple. Il est important de noter que l’étanchéité de l’espace entre les dalles (avant l’application du mastic) a été vérifiée en y pulvérisant de l’eau pendant plus de 15 minutes. Aucune fuite n’a été observée. CONCLUSION L’imperméabilisation a été réalisée dans les règles de l’art. La fuite apparaît comme étant la conséquence d’une série de malencontreuses étapes de construction qui ne laissent pas penser qu’il s’agisse effectivement d’une quelconque négligence intentionnelle. Il n’en demeure pas moins que cette derrière photo fera immanquablement partie de mes présentations aux professionnels de l’industrie comme un exemple de choses à ne jamais faire... NOTES 1 Une couverture minimale de ciment-colle sur 95 % de l’endos des carreaux est nécessaire lorsque ceux-ci sont installés selon la méthode en couche mince (à l’extérieur, pour les aires à circulation lourde, zones humides) ou encore pour les installations de carreaux dont la longueur d’un des côtés dépasse 380 mm et qui seront exposés aux impacts et à l’équipement lourd. Le ciment-colle doit être appliqué et strié à l’horizontale, les stries devant être droites et continues. Poser les carreaux sur le ciment-colle fraîchement appliqué et appuyer sur ceux-ci dans un mouvement avant-arrière perpendiculaire aux stries de la truelle, pour aplatir et étendre le ciment-colle. Cette méthode permet d’obtenir un transfert maximum de ciment-colle, permettant ainsi aux coins et aux bords d’être entièrement supportés. CHRONIQUE SIKA

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